17
mai
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Parler de soi à ses enfants? Bah, écrivez-leur!

Il y a fort fort longtemps, à une époque où l’acné devançait amplement mes soucis de calvitie d’aujourd’hui, je m’apercevais que j’étais mortel.
Pas dans le sens de la fin de vie, mais de cette inexorable fin du jour, fin de soi au moment présent : chaque instant, l’être que je suis s’effaçait pour laisser place à une autre personne, différente de la personne de l’instant précédent.

A cette époque, bien de mes semblables tiennent une sorte de journal. Mais écrire dans le vide n’étant pas de mon goût, et la notion de blog n’étant même pas un concept à cette époque, je choisissais d’écrire à quelqu’un : ma fille!
Bon, à 17 ans, je n’en avais pas, mais le pourcentage d’en avoir était loin d’être nul!

Voilà, cette décision prise, je lui écrivais. Je comptais remettre tous ces écrits pour son 17ième anniversaire. En 2010, où je dépasse le double de cet âge, j’arrive à un petit paquet de cahiers, de mon écriture quasi illisible.

Ces écrits n’avaient pas d’autre but que de lui montrer qui j’étais à son âge, loin du père qu’elle connaît : un jeune garçon plein de rêve, de peur, de curiosité et de tout plein de choses plus ou moins obscurs.

Aujourd’hui, j’ai une petite fille du prénom de Léna, qui fut nommée ainsi bien avant de naître. La vie de son père, ses moments forts, ses joies et ses faiblesses, ses délires, ce qu’il était à 17 ans, 20, 25, ou lors de sa naissance sont retranscrits dans ses cahiers.

Mais je me relis parfois, et je ne me reconnais plus. Ce qui était la base de mon idée se retrouvait réellement et de façon si crûe à travers mes mots et ses années étalées.
Est-ce une bonne chose, en fin de compte, qu’elle découvre quel être j’ai été, et qui n’existe plus?
Doit-elle apprendre tout cela? Sera-t-elle assez mûre? Ne s’en fichera t’elle pas? Que cela pourrait-il bien causer, de positif ou de négatif à son encontre?

En tant que père, j’ai développé une forme de regard soucieux sur mon enfant. J’évite de transposer mes peurs sur elle, et lui laisse un maximum de champs libre pour faire tout sorte d’expérimentation par elle-même.
Mais là, justement, je m’immisce, de façon narcissique, dans son intellect, en y mêlant le mien, du moins, le moi passé, avec parfois des passages qui la concernent intimement : sa naissance, les problèmes avec sa mère, le divorce…
Il faudra peut-être que je coupe là-dedans, censurant ainsi mon idée de base, mais qui n’aurait pas dû aller aussi loin, ou ne restant que des mémoires pour moi.

Mon enfant a 8 ans dans quelques jours, encore bien des années vont passer avant qu’elle ne puisse poser les yeux sur tout cela. Mais tout de même, n’est ce pas trop lourd, surtout à l’adolescence?
Du coup, j’ai déjà décidé d’étaler la remise de ces cahiers dans le temps : un par an… Elle en fera ce qu’elle voudra, si le premier l’a saoûlé!
Mais comme je lui écrivais spécifiquement à elle, cela devrait lui plaire, aussi chargé d’émotions cela puisse être…

Et vous, avez-vous déjà pensé à écrire à vos enfants?

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2 Comments:
  1. Dominique 19 mai, 2010

    Fred, super billet, fort et profond. MERCI.

    Est-ce que le fait de t’adresser à ta fille a influencé ta façon d’écrire ? Est-ce que tu as « enjolivé » ton passé pour qu’elle ait une belle image de toi ? Ou est-ce que tu t’es lâché, écrivant comme ça, sans avoir forcément l’idée de rectifier ton passé ? Est-ce qu’on peut tout dire aussi ? Est-ce que tu t’es censuré en écrivant ? As-tu volontairement omis certains faits ?

    Eh bé, ça en suscite des questions, ton billet :)

  2. Frédéric 19 mai, 2010

    Merci pour ses louanges, Dom ;)

    Et pour répondre à tes questions, oui, le fait d’écrire à ma fille a influencé mes écrits : Si je n’ai jamais rien caché ni modifié dans ma réalité et dans ma façon de le dire, il est des sujets que j’ai évité délibérément, alors que j’aurai eu tendance à les écrire s’il ne s’était pas agi de les destiner à mon enfant.

    Donc, pas de rectification du passé, mais quelques erreurs ou âneries avérées n’ont pas été présentées.

    Et une fois – horreur des horreurs -, j’ai même déchiré deux pages après coup : ouep, décidément, on ne parle pas à son enfant comme au premier internaute venu ;)

    Oui, je sais, j’ai honte :/

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